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Compositeur de peintures

26 Août 2015, 15:27 Idées sur la peinture

L'art, pour Duchamp, est un secret qui doit être partagé et transmis comme un message entre conspirateurs.

Octavio Paz

Enseigner, c’est consubstantiel à l’art.

Yves Quéré, auteur de Enseigner, communiquer, France Inter, La tête au carré, 05-01-2009, 14h15.

Après ma mort, je souhaite que d’autres continuent à jouer mes propres partitions.

Christian Boltansky, dans Beaux-Arts 01-2010

Yves Desvaux Veeska - Peinture splashe - "Exubérance contenue" - Acrylique sur papier 65 x 50 cm -  n°1656 - Coll. Sylvie Foussier

Yves Desvaux Veeska - Peinture splashe - "Exubérance contenue" - Acrylique sur papier 65 x 50 cm - n°1656 - Coll. Sylvie Foussier

Un musicien peut jouer d’un  instrument, et composer une partition. De même, je suis peintre, et compositeur de peintures.


Par commodité, et comme ce métier de compositeur de peintures n’existe pas encore, j’annonce que je propose des cours et des stages. Dans la forme, ça y ressemble : en séquence de trois heures hebdomadaires ou d’une semaine en continu, bien des personnes  apprennent et pratiquent la peinture avec moi.


S’agit-il de formation ? D’un loisir ? Ça l’est  sans que je le cherche, car en fait ce n’est pas le but. Il se trouve que, en passant, chacun apprend quelque chose et se fait plaisir.


Ma recherche est en fait d’inventer et de pratiquer ce métier de compositeur de peintures. Comme peintre, j’ai des outils et des matériaux, mes mains et mes idées… Avec lesquels  je produis des peintures. Des peintures par petites séries, des exercices de méditation, où cette méditation est portée par un ensemble de données picturales (format, couleur, matière, gestuelle…) qui me permettent d’incarner ce que les mots ne peuvent saisir.


Ces données picturales, je les note pour moi, mais je les propose aussi en cours et en stage. Cela donne ce qui apparaît  comme des exercices ou des sujets de peinture mais que, pour reprendre le parallèle avec la musique, je pourrais nommer « partitions de peinture ».


À force de travailler avec de mêmes personnes, je connais leurs dons à chacune, et comment elles peuvent au mieux interpréter ces « partitions ». Chaque interprétation devient une création singulière qui n’existe que par cette rencontre impossible à reproduire entre deux sensibilités, deux savoir-faire.


Dans le domaine de la peinture, la pensée dominante met en avant la figure de l’artiste solitaire, avec son nom comme une marque, son style comme un créneau marketing. Au-delà de cette caricature, il existe de vrais et grands artistes solitaires, connus ou méconnus. Mais quand même beaucoup de simples faiseurs de tableaux, professionnels ou amateurs, à la poursuite fastidieuse de la notoriété et du client.


Pour ma part, je cherche autre chose. Être peintre autrement. Pas pour être à tout prix original, mais pour suivre ma nature, et approfondir ce que les circonstances m’ont fait découvrir.


J’ai vu des milliers de peintures dans ma vie, des plus grands artistes dans les musées, aux plus complets ratages dans des salons, des foires, …ou dans mon atelier. Avec toute la gamme des niveaux intermédiaires. Cela rend circonspect. J’ai connu de rares moments d’émotion ou de bouleversement, souvent du plaisir léger et aérien. Souvent aussi de l’indifférence, ou de l’ironie devant des insuffisances prétentieuses.


Mais j’ai découvert aussi qu’il n’y avait pas que le tableau dans la peinture, objet matériel fait à la main, fini, signé et encadré. Il y a aussi le temps passé à peindre, comme le temps passé à jouer pour un musicien. Ce temps-là peut être beau, même s’il n’est pas enregistré, c'est-à-dire conclu par un tableau.


Il y a aussi le plaisir de guider une interprétation, et de découvrir la capacité d’une personne à exprimer quelque chose d’inattendu et de fort que je n’avais pas imaginé moi-même. Des peintures naissent ainsi de rencontres entre une partition et son interprétation, un peintre et un autre. Et ces peintures essaiment à nouveau dans ma pratique actuelle, se croisant avec la photo, la composition numérique, pour revenir ensuite à la peinture.


Je suis autodidacte, ce qui m'a donné un certain goût pour partager ce que j'ai dû apprendre seul. Et je préfère finalement cette idée de partage à celle de formation ou de loisir. Partage, échange, et non pas formation formatée, animation et réanimation. La mythologie de l’artiste m’ennuie tout autant. L’artiste comme un être à part pour fournir un supplément d’âme le soir et le week-end. Je cherche simplement à rester un être humain acceptable qui pratique un métier, la peinture, sans être un simple producteur de tableau. Je préfère être ce peintre – compositeur et interprète – qui mêle pratique personnelle et enseignement, pour faire de la peinture un art vivant qui se transforme en passant du compositeur, à l’interprète, au spectateur…


D’autres façons de pratiquer la peinture existent, et continuent d’exister. Cette pratique-là que je défends, je l’ai faite mienne, mais ce n’est pas pour en faire une marque déposée. Je ne vais pas signer l’air que je respire sous prétexte qu’il a transité par moi. Ni l’art que je respire, qui vient aussi d’ailleurs et ne fait que passer.

 

Réédition d'un texte du 11 avril 2010 (mis à jour le 26 août 2015)

 

L’art est pour tous. Seule une élite le sait.

Doria Garcia, artiste espagnole.

Lire aussi : Graines de peinture

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