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Les 7 péchés capitaux

10 Octobre 2010, 17:23 Peindre en liberté n°2 - Extraits

Chapitre III - Exercices n°37 à 43

Imaginez des façons de peindre inspirées des péchés capitaux : avarice, colère, envie, gourmandise, luxure, orgueil, paresse.

Exercice n°37 - L’avarice    (18/06/01)
Pendant un an, décidez de ne plus acheter aucune fourniture beaux-arts ou apparentée, et de ne peindre qu’avec des choses que vous possédez déjà : fonds de pots de peinture, outils de fortune, vieux papiers, toiles récupérées, bouts de planches. Et soyez même avare de votre inspiration en ne faisait que reproduire avec ces moyens limités des choses que vous avez déjà faites. Le risque, avec ces moyens peu plaisants, est d’arriver à produire malgré tout une œuvre originale et sensible que vous aurez un mal fou à garder pour vous.

Exercice n°38 - La colère    (18/06/01)
Un jour de grand ménage dans votre atelier, mettez de côté toutes sortes de vieilles études, vieilles peintures, dont décidément vous n’êtes pas satisfait. Prenez un grand pot de gesso ou d’acrylique blanche, et recouvrez tout. Votre colère est si intense contre ces ratés que vous n’avez même pas l’envie de les déchirer, les lacérer. Non. Ils ne sont rien, juste des supports à récupérer. Violente, la colère blanche !

Exercice n°39 - L’envie    (18/06/01)
Contemplez l’œuvre d’un grand maître, connu et reconnu, dont l’œuvre vous touche et vous interloque en même temps. Pas exemple, « Carré blanc sur fond blanc » de Malevitch, « Composition avec rouge, jaune et bleu » de Mondrian. Reproduisez-la telle quelle, dans sa pureté, sa simplicité, sur un même support, un même format, avec la même technique. Elles vous font envie, ces œuvres, elles vous rendent jaloux par la place qu’elles ont conquise dans l’histoire de l’art et surtout dans l’âme de tant de gens. Elles vous feront toujours envie même après les avoir copiées.
Vous pouvez tentez cet exercice soit avec une œuvre que vous aimez ; soit avec une œuvre que vous détestez ou contestez. (cf. exercices « Jouez à l’artiste » et « Dégoût fertile ». Choisissez un sujet que vous pouvez techniquement reproduire. Vermeer, pourquoi pas, mais cela a déjà été fait par Van Meegeren, ce dernier ayant finalement aussi mérité sa place dans l’histoire de l’art.

Exercice n°40 - La gourmandise    (18/06/01)
Jeûnez un peu, pour bien éveiller votre appétit. Puis allez faire votre marché, achetez de bons et beaux produits pour composer une nature morte des plus appétissantes dans le but de la peindre. Quand elle est parfaitement disposée et prête à servir de modèle, préparez vos couleurs et pinceaux, en même temps que vous mettez le couvert. Puis votre nature morte, mangez-la. Mangez-la en la regardant bien, en prélevant avec délicatesse chaque mets pour garder jusqu’au bout l’élégance de sa présentation.
Puis allez faire la sieste, une promenade. En revenant, il sera toujours temps de vous mettre à la peindre, d’après le souvenir des plaisirs qu’elle vous aura déjà procurés.

Exercice n°41 - La luxure    (18/06/01)
Installez sur un sol confortable la surface d’un grand drap en toile à peindre, et votre matériel de peinture. Prenez un ouvrage illustré sur le Kama Sûtra, et invitez votre compagnon ou votre compagne à travailler pour reproduire avec vous les scènes proposées de deux manières à la fois : en réalité et en dessin, simultanément. L’objectif recherché n’est pas forcément la reproduction, ni des illustrations, ni des artistes. Juste obtenir un délicat effet plastique dans cette action où se mélangent les genres.

Exercice n°42 - L’orgueil    (n°3-38, 1994)
L’ordinaire de ce qu’on a sous les yeux est souvent chaotique : faites cette expérience de prendre des photos arbitraires, de façon improvisée et irréfléchie, dans un lieu et à un moment ne présentant aucun intérêt particulier : n’est-ce pas humiliant, cette laide banalité qui imprègne tant d’instants de notre vie ? Vous allez réagir, manifester un sursaut d’orgueil !
Toutes ces choses aussi vaines que diverses que vous avez photographiées, vous allez les redresser par les moyens de la peinture et du dessin. Faute de pouvoir mettre de l’ordre et de la beauté dans la réalité, vous allez en mettre dans votre peinture, en organisant dans une structure géométrique, solennelle et hiératique toutes ces formes et couleurs quelconques qui encombrent si souvent votre espace vital. Vous allez vraiment représenter ce que vous aurez photographié, sans rien omettre, mais en soumettant le désordre sans âme à cet ordre apaisant de la géométrie.

Exercice n°43 - La paresse    (n°5-1, 1996)

Tout le malheur des hommes vient d’une seule chose qui est de ne savoir pas demeurer en repos dans une chambre.  (PASCAL)
Assieds-toi en silence, ne fais rien. Le printemps vient, et l’herbe pousse toute seule. (ZENNI KUSHU)
La paresse n’est pas un péché. En tout cas, au Moyen Âge, elle ne figurait pas dans la liste des sept péchés capitaux. À sa place, la tristesse, tout près de l’avarice. La joie, elle, était une vertu. (CHANTAL CONAY)

Devant votre feuille blanche, attendez. Laissez passer du temps. Un quart d’heure sans rien faire, sans rien dire, au repos. Si un quart d’heure, c’est trop peu, n’hésitez pas à faire durer. Puis commencez à tailler des crayons au-dessus de votre feuille, à faire des gribouillis de téléphone, ce genre de choses. Occupez trois heures à ces menues occupations improductives. Trois heures sans rien faire de sérieux, c’est long. S’il vous vient de vagues sentiments d’ennui ou de culpabilité, contemplez-les sans réagir : c’est une donnée essentielle de cet exercice.
Puis, un jour de courage, d’envie d’ordre et de netteté, vous peindrez un cadre raffiné autour de ce moment de paresse. Imaginez des motifs géométriques, associant douceur et structure. Après la paresse, la paix et la sécurité en plus.

(Ce texte est extrait de Peindre en liberté n°2)

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