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Regardez : un peintre en liberté !

10 Octobre 2010, 01:00 Peindre en liberté n°2 - Extraits

Regardez : un peintre en liberté ! Il marche dans la rue, regardez-le bien, personne ne le tient en laisse. D’ailleurs, vous, si vous pratiquez la peinture et que je vous demande : — Peignez-vous en liberté ?…Vous serez sûrement d’accord :

 

— Oui, je suis libre, je peins ce que je veux, ce que j’aime, personne ne me donne d’ordre.


Voilà, vous êtes, nous sommes, des peintres en liberté. Mais quand nous sommes devant notre toile, nous nous percevons que nous avons plein de limites partout. Limites de notre format, limites de nos quatre murs, limites de nos vingt-quatre heures par jour, pas une de plus. Et tout ce temps passé à manger, dormir et autres besognes naturelles. Et n’oublions pas : les limites de notre savoir-faire. Et n’oublions pas non plus : nous sommes tous nés le jour de notre naissance (quelle coïncidence !) dans un certain pays et dans un certain milieu. Et probablement que si nous étions nés ailleurs, à une autre époque, dans un autre corps, nous aurions fait d’autres peintures. Qui choisit pour nous ?

 

Finalement, notre liberté est mesurée. Mais disons-nous que, si limitée soit-elle, elle est toujours bonne à prendre, c’est un bon début pour en faire quelque chose, voire la muscler par quelques exercices. D’abord en peinture, et le reste suivra peut-être. Dans Peindre en liberté n°2, j’ai imaginé plusieurs catégories d’exercices :

 

  1. Le peintre, ses matériaux et ses outils : pour chercher dans l’action purement physique de peindre ce qui se passe, et dépasse notre pensée.
  2. Le peintre, la forme et la couleur : pour observer ce qui arrive quand on ne se fie qu’aux apparences de la peinture.
  3. Le peintre et lui-même : pour peindre d’après des attitudes, des comportements, se jouer parfois la comédie, s’observer et peindre ce que l’on joue.
  4. Le peintre et l’art : pour se mesurer aux standards et clichés culturels qui structurent, déforment ou manipulent en douce notre sensibilité.
  5. Le peintre et les autres : pour voir comment notre besoin de communiquer nous donne des idées que nous n’aurions pas eues pour nous tout seul.
  6. Le peintre et le réel : pour découvrir que le réel, pour un peintre, ne se voit pas qu’avec les yeux, mais sollicite tous nos sens jusqu’au 6e, plus le hasard, ce qui nous mène plus loin que nous croyions.

 

Tous ces exercices proposés, qui ont pour la plupart été expérimentés en cours ou en stages, vous pouvez commencer par les lire simplement, puis de temps à autre, vous attaquer à l’un, vous laisser surprendre, dériver parfois, en parler avec d’autres peintres, échanger vos expériences. Considérez-les comme des peintures faites sans pinceau mais avec des mots, je les ai écrits pour les élèves de mes ateliers comme un compositeur crée des partitions. Aussi pour proposer une suite ironique aux Readymade de Duchamp, il s’agit là de Do-it-yourself…


Pour peindre en liberté, une seule chose compte : bien accepter nos limites, même les toucher du bout des doigts, et ainsi, petit à petit, en douceur, les repousser.

 

(Ce texte est la préface de Peindre en liberté n°2)

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